L’élection : démocratie ou aristocratie ?

L’élection semble, par nature, être la manifestation la plus pure de la démocratie. La voix du peuple s’exerce dans les urnes en votant pour un représentant, qui sera élu à la majorité des suffrages. L’issue du vote dépend des électeurs. Pour autant, les conséquences de ce système simplissime nous permettent-elles de rester dans un idéal démocratique, où nous poussent-elles vers une aristocratie de fait ?

Le droit de vote est un instrument d’absolutisme.

L’absolutisme est un type de régime politique dans lequel le détenteur d’une puissance concentre en ses mains tous les pouvoirs et gouverne sans aucun contrôle. Dans une monarchie absolue, le Roi détient un immense pouvoir auquel personne ne peut s’opposer. Cela peut le conduire à prendre des décisions arbitraires car il sait qu’il n’en subira aucune conséquence.

Le droit de vote est un instrument d’absolutisme dans le sens où l’électeur détient entre ses mains un pouvoir (celui de voter) auquel personne ne peut s’opposer. Le vote doit être libre et non contrôlé pour conserver sa légitimité.

Cet absolutisme a pour conséquence le risque du choix arbitraire fait par l’électeur. En l’absence de toute forme de responsabilité, rien ne contraint les électeurs à se pencher sérieusement sur le choix qui s’impose à eux. De cet arbitraire découle de nombreuses conséquences sur les résultats du vote.


Puisque le vote est arbitraire, les électeurs ne sont pas obligés de s’appuyer sur des critères objectifs pour sélectionner leur candidat. Ainsi, certains candidats beaux ou charismatiques seront favorisés au détriment des candidats présentant des traits moins socialement acceptables. De plus, face à une multitude de candidats, les électeurs auront tendance à voter pour l’élite qui se distingue de la masse. On peut donc dire que le droit de vote est égalitaire pour les électeurs, mais pas pour les élus.


Pour exploiter ce biais de subjectivité, les élus sont par ailleurs incités à exagérer les traits que les électeurs ont envie de voir et à masquer ceux qui pourraient faire baisser leur popularité. Par exemple, un élu évitera d’être transparent sur son addiction aux jeux d’argent, et préfèrera surjouer son attachement aux valeurs sociales et associatives.


La nécessité d’apparaître comme le candidat idéal demande des efforts de campagne de communication considérables. Les mécanismes de financement de ces campagnes peuvent engendrer un problème d’indépendance lorsque l’élu se retrouve au pouvoir (retour d’ascenseur).


Les candidats regroupent donc davantage des profils qui remplissent les critères de subjectivité attendus par les électeurs, plutôt que les candidats qui disposent des compétences objectives pour la fonction en jeu. La surexposition des élites du charisme écarte du pouvoir la véritable élite, créant une perte d’opportunité importante pour le bien commun.


Marge d’indépendance des gouvernants : dans les systèmes de mandats représentatifs (les plus courants aujourd’hui) les élus ne sont pas révocables par les électeurs, et ne sont donc pas contraints d’appliquer le programme et les promesses pour lesquelles ils ont été élus. Seule la réitération de l’élection peut pousser les élus à adopter une bonne conduite.


Les électeurs ne peuvent exprimer leur opinion qu’au moment du vote et du choix de leur représentant. Or, l’idéal démocratique est basé sur la capacité du peuple à s’exprimer. Très peu de démocraties électives permettent aux citoyens de faire entendre leur opinion en cours de mandat par le truchement d’institutions officielles ; ce rôle est malgré tout rempli de manière officieuse par les instituts de sondage, dont les études influencent d’une certaine manière les décisions des élus. Les manifestations sont également un moyen pour le peuple de faire entendre son opinion, mais d’une manière peu efficiente et peu productive.


L’ensemble des contraintes qui pèsent sur le processus de l’élection conduit à favoriser les candidats d’une certaine élite qui disposent de traits subjectifs appréciés, et de soutiens financiers suffisants pour mener une campagne de communication adaptée.

L’aristocratie est le gouvernement par les meilleurs ; les meilleurs non pas pour gouverner mais pour accéder au pouvoir et s’y maintenir.

L’élection, par ses biais intrinsèques, conduit naturellement à une aristocratie de fait lorsqu’elle est organisée à une échelle suffisamment grande pour que le droit de vote soit utilisé par les électeurs comme un instrument d’absolutisme.

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