Qui veut du tirage au sort ?

L’actualité semble montrer un regain d’intérêt pour le tirage au sort, avec les quelques initiatives nationales, et les très nombreux exemples de dispositifs existant au niveau local. Toutefois, aucune de ces procédure n’est institutionnalisée en tant qu’outil permanent au sein d’un régime démocratique.

Pourquoi nos démocraties se passent-elles du tirage au sort ?

Le facteur population

Dans les démocraties athéniennes et italiennes, le nombre de citoyens qui participaient au régime démocratique était faible, se comptant généralement en milliers. Les États-nation comptent, eux, une population qui se compte en millions.

L’accroissement de la base fait que, statistiquement, on a moins de chance d’être tiré au sort et de pouvoir participer un jour au système. Or, il s’agit d’une composante essentielle de la culture du tirage au sort tel qu’il était pratiqué à Athènes ou à Venise. On est d’autant plus à même de respecter une institution que nous avons de chance d’en faire partie. L’alternance gouverné-gouvernant permet aux citoyens de s’intéresser à la chose publique, et aux gouvernant de mesurer leurs actions, sachant qu’ils redeviendront bientôt gouvernés.

Aujourd’hui, un système démocratique basé sur le tirage au sort ne pourrait jouir de ce phénomène, lui ôtant, d’une certaine manière, une part de légitimité et de culture.


Le facteur complexité

Encore une fois, l’époque d’Athènes et de Venise diffère de la nôtre. Le monde s’est complexifié, principalement grâce aux technologies de l’information et de la communication. La loi, notamment, n’a fait que se densifier et est entrée dans un processus d’inflation normative. La globalisation a intriqué les échanges internationaux entre eux. Là où Athènes se préoccupait de son approvisionnement en pain ou en vin, la France doit tenir compte de ses relations avec la quasi totalité des pays du monde. L’accroissement du territoire entraîne aussi la multiplication des spécificités locales, des domaines stratégiques et des cultures.

Il s’agit indéniablement d’un obstacle, mais certainement pas d’un obstacle infranchissable. Le système actuel permet bien à des élus qui ne disposent pas d’une formation de juriste spécifique d’être député et de voter des lois. Si la démocratie représentative élective a relevé ce défi, le tirage au sort le peut également.


L’héritage des révolution : le consentement

L’approche historique se concentre sur le point de bascule des États-nation entre gouvernement autocratique et gouvernement démocratique : les révolutions.

Les trois grandes révolutions (anglaise, américaine, française) sont le résultat d’une perte de confiance du peuple dans le pouvoir central. Les citoyens prennent les armes sans concertation, sans projet politique autre que démettre les instigateurs de ce pouvoir qui leur impose des contraintes (prix du pain pendant la révolution française par exemple). La volonté générale tend donc à trouver un régime cible au sein duquel le peuple puisse exprimer son consentement rapidement, simplement, et pratiquement. Le moyen le plus direct pour ce faire est l’élection.

Le tirage au sort d’un échantillon de citoyens, même représentatif, ne permet pas de satisfaire ce besoin immédiat de prise en considération du consentement populaire. En effet, les tirés au sort ne sont pas élus par le peuple, et peuvent prendre des décisions contraires à la majorité populaire. En outre, les technologies de l’information et de la communication ne sont pas suffisamment avancée, à ces époques, pour permettre un système de démocratie directe qui satisferait encore davantage ce besoin de consentement.

Cette approche, notamment défendue par Bernard Manin, expliquerait pourquoi la démocratie des États-nation s’est cristallisée autour de l’élection plutôt que du tirage au sort, et pourquoi l’élection est toujours la norme aujourd’hui, car rentrée dans la culture démocratique par habitude, alors même que le contexte global a drastiquement changé depuis l’ère des révolutions.


Pour aller plus loin…

Compte tenu des spécificités de la démocratie, de l’élection, et du tirage au sort abordées dans cette série d’articles, se pose la question de la recherche d’un système démocratique alternatif à l’élection, basé sur le tirage au sort.

Introduction au système de la stochocratie éclairée

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