Les 25 défauts de l’élection

Cet article est une synthèse et une traduction des travaux de Campbell WALLACE (voir Source).

Trouver des défauts à l’élection est un exercice facile puisque nous expérimentons ce système depuis plus de deux siècles. Si elles ne sont pas abordées ici, rappelons que l’élection possède aussi un certain nombre de qualités. De plus, il n’est ici question que de l’élection en tant qu’outil de sélection de représentants par le peuple (Président, parlementaires), et pas de ses autres usages.

1. La campagne électorale : une barrière à l’entrée

En principe, n’importe qui peut se présenter à une élection. En pratique, sans soutiens financiers ou politiques, il est impossible de mener une campagne médiatique visant à se faire connaître du public avant un scrutin. L’offre politique est donc réduite à un panel de candidats présélectionnés par des groupes d’intérêt privé.

2. La campagne électorale : un nécessaire retour de faveur

Une fois au pouvoir, l’élu est redevable auprès de ces groupes d’intérêt privé. Il est aussi probable qu’il s’appuie à nouveau sur eux pour préparer sa réélection. Dans ce contexte, lorsqu’un élu doit proposer ou voter des loi, il a tendance à privilégier ces intérêts privés au détriment de l’intérêt général du peuple qu’il représente.

3. Les effets néfastes des campagnes sur l’État

Il est monnaie courante pour les candidats à une réélection de prendre un ensemble de mesures populaires en fin de mandat leur permettant de gagner des voix facilement. Ainsi, les ministères sont fréquemment remaniés, dissociés ou fusionnés de manière à faire croire qu’une réforme de fond est à l’œuvre, or le seul effet de ces mesures est de désorganiser un peu plus le fonctionnement de l’État. En cas d’alternance, après l’élection, de nombreuses réformes du gouvernement précédent sont annulées et remplacées par de nouveaux plans de long terme qui seront eux-aussi annulés avant d’avoir pu porter leurs fruits. L’État peut difficilement avoir une stratégie cohérente dans ces conditions.

4. La campagne électorale favorise les slogans au détriment des projets

Il est aisé de convaincre les électeurs à coups de slogans accrocheurs tels que « Au nom du peuple », « Le courage de la vérité », « La France en marche », « Faire battre le cœur de la France », « L’avenir en commun ». Ces formules ne peuvent pas être attaquées car elles ne proposent rien de concret, alors qu’un candidat défendant un projet détaillé sera la cible de toutes les attaques, légitimes ou non.

5. Les médias traitent les élections comme un sport

Les médias vivent de leurs audiences et ont intérêt à mettre en avant des faits ou des propos sensationnels au détriment de discussions argumentées. Ce phénomène est amplifié sur les réseaux sociaux où les informations sont partagées sans vérification et où les algorithmes de mise en avant de contenu peuvent être manipulés par des sociétés privées (astroturfing).

6. L’élection favorise les ambitieux

L’élection met en concurrence des candidats qui se sont montrés astucieux pour réunir suffisamment de soutiens financiers et politiques, quels qu’en soient les moyens utilisés, même les plus répréhensibles moralement et légalement. Il est risqué de mettre aux plus hautes fonctions des individus qui cherchent leur propre gloire et qui feront tout pour conserver le pouvoir qui leur a été prêté.

« Car enfin le trait le plus visible dans l’homme juste est de ne point vouloir du tout gouverner les autres, et de se gouverner seulement lui-même. Cela décide tout. Autant dire que les pires gouverneront. » Alain (Propos sur le pouvoir, 1935)

7. Le mythe de la responsabilité des élus

La réélection constituerait une sanction pour les élus, les incitant à agir avec responsabilité au cours de leur mandat. Si on ne peut entièrement négliger cet effet, il faut aussi le relativiser. Une fois au pouvoir pour plusieurs années, un élu va prendre des centaines de décisions. Comment un électeur pourrait sanctionner un élu si celui-ci a autant de mauvaises que de bonnes décisions ? De plus, un candidat ne doit pas, en principe, être élu pour son passif mais pour le programme qu’il compte mettre en œuvre au cours de son futur mandat.

8. L’élection ne garantit pas l’application d’un programme

Quand bien même un élu serait légalement tenu d’appliquer le programme pour lequel il a été nommé, l’élection ne permet pas de prendre en considération l’évolution du contexte. Si un programme peut être cohérent à un instant t, la situation économique du pays aura pu varier deux ans après, le rendant entièrement caduque, voire contreproductif.

9. Les électeurs ne sont pas éclairés

Le coût nécessaire pour voter de manière éclairée (si tant est que cela soit possible) excède largement le bénéfice attendu de l’électeur, car celui-ci dispose d’un poids infinitésimal dans le scrutin : sa voix n’a aucune chance d’être celle qui fera basculer l’issue du vote. Ce phénomène n’incite pas les électeurs à s’informer sérieusement avant les élections et encourage l’abstention.

10. L’abstention délégitime les élus

Le taux de participation est souvent faible (60% en moyenne), ce qui place la majorité qualifiée à 30% des votants seulement. Dans l’hypothèse d’un vote obligatoire, cela n’empêche pas les électeurs de voter blanc ou de manière aléatoire.

11. Les élus reportent la responsabilité sur les électeurs

En période électorale, les élus sont naturellement prompts à faire culpabiliser les abstentionnistes : « Certains ont donné leur vie pour que vous ayez le droit de voter » ou « Chaque pays a le gouvernement qu’il mérite ». Néanmoins, que l’électeur vote ou ne vote pas ne changera rien au gouvernement dont il héritera. S’il vote, cela ne fera que légitimer un système auquel il est peut-être opposé.

12. Les électeurs votent par loyauté

Certains électeurs s’en remettent à un seul parti politique auquel ils accordent toute leur confiance à chaque élection. Cette loyauté est souvent héritée du cercle familial mais peut aussi venir d’amis ou d’une corporation professionnelle. Il est aisé de modifier sa propre opinion de sorte qu’elle entre dans le carcan d’un parti qui est largement approuvé par ses pairs.

13. Les événements exceptionnels influencent les élections

Les cas de force majeure qui ébranlent la conscience collective ont tendance à agir en défaveur du candidat au pouvoir, bien qu’il ne soit en aucun cas responsable des événements. Il en va ainsi des attentats terroristes ou des catastrophes naturelles par exemple.

14. L’élection mathématiquement parfaite n’existe pas

L’élection ne permet jamais d’exprimer exactement les préférences politiques des électeurs. Des systèmes s’en approchent tandis que d’autres en sont très éloignés. La sélection des parlementaires est souvent décriée lorsqu’elle n’est pas faite au scrutin proportionnel. De même, le jugement majoritaire est rarement mis en pratique pour attribuer une échelle de préférence aux candidats.

15. Les élus ne sont pas représentatifs de leurs électeurs

Non seulement les élus ne sont pas un échantillon représentatif de leur base électorale, mais ils cultivent aussi de nombreux conflits d’intérêts. Par exemple, il n’est pas rare qu’un élu dispose de participations financières dans un certain nombre d’entreprises, l’incitant à passer des mesures qui favoriseront l’intérêt de ces sociétés.

16. Le paradoxe du représentant

Un représentant a deux manières d’agir :

  1. Soit il se considère comme un instrument, c’est-à-dire un simple porte-parole de ses électeurs
  2. Soit il agit librement afin de satisfaire l’intérêt de ses électeurs, de la manière qu’il estime la plus adéquate

Dans le premier cas, l’élu ne dispose d’aucun moyen institutionnel de récolter l’opinion de ses électeurs sur chaque question qu’il a à traiter. Dans le second cas, cela revient à reconnaître que l’élu sait mieux que ses électeurs où se situe leurs intérêts.

17. Représentation partisane versus représentation nationale

Un élu amené à gouverner l’ensemble du pays doit-il agir en tant que représentant de ceux qui l’ont élu (ses partisans), ou bien en tant que représentant de l’ensemble de la population ? En pratique, il ne fera ni l’un ni l’autre et agira plutôt en tant que représentant des intérêts qui l’ont placé au pouvoir.

18. L’élection concentre le pouvoir

L’élection amène au pouvoir des parlementaires qui doivent traiter de nombreux sujets complexes. Or, il est impossible pour ces élus de voter en toute connaissance de cause, quand bien même ils feraient partie d’une commission parlementaire. Pourtant, ils font souvent croire à leurs électeurs qu’ils sont compétents sur tous ces domaines, et finissent parfois par le croire eux-mêmes, au détriment de la qualité des décisions qui sont ainsi prises.

19. Les partis transforment la politique en joute

L’élection rend nécessaire l’existence de partis politiques au sein desquels les candidats ont plus de chances de se faire élire. Ces partis, fortement encouragés par les médias, s’affrontent les uns contre les autres dans de divertissantes joutes verbales afin de déterminer un vainqueur. Or, la politique ne devrait pas se résumer à des personnes ou à des obédiences, mais à des sujets concrets et des solutions efficaces.

20. Les partis ne reflètent pas les choix de leurs électeurs

D’une part, un électeur ne pourra jamais trouver un parti politique qui reflète exactement ses attentes, il devra lui-même faire un compromis en votant pour un package politique. D’autre part, les partis politiques au pouvoir ne peuvent jamais appliquer leur programme et doivent nouer d’autres compromis avec l’opposition, ce qui trahit une fois de plus les préférences politiques initiales de l’électeur.

21. Le financement des partis politique favorise les plus gros

Aux États-Unis notamment, seuls les deux plus gros partis politiques du pays bénéficient d’un financement public. Ceux-ci étant alternativement au pouvoir, ils s’entendent pour écarter tous les autres partis minoritaires. Cela peut donc empêcher le renouvellement de l’offre politique.

22. Le principe de coalition déséquilibre le pouvoir

Dans certains contextes, un parti minoritaire peut se retrouver à la tête d’une coalition majoritaire et donc hériter du pouvoir. Cela a notamment été le cas en Australie pendant longtemps.

23. L’idéologie élue se retrouve dans les programmes scolaires

Une fois au pouvoir, le représentant d’une idéologie est fortement incité à modifier les programmes scolaires de sorte que les étudiants soient poussés vers l’un ou l’autre bord de l’échiquier politique. Aux États-Unis, il n’est ainsi pas rare de voir le créationnisme enseigné dans certaines écoles.

24. Le trucage

Les élections peuvent être truquées de sorte que l’un ou l’autre des candidats l’emporte. Le vote électronique peut être piraté, des groupuscules peuvent faire pression dans les bureaux de vote, il y a souvent une impossibilité matérielle de réaliser un recomptage des voix, etc. Bien entendu, certains système sont plus résistants que d’autres au risque de fraude.

25. L’élection ne permet pas de garantir les Droits de l’Homme

De nombreux gouvernements dont les membres sont élus ne s’absitiennent pas de violer les Droits de l’Homme (torture, prisonniers politiques, assassinat, discrimination, censure, etc.).

Source

WALLACE – Down with elections (2017)

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