Définition de la démocratie (Fishkin)

Il est toujours complexe d’apporter une définition à la démocratie, puisque chacun a tendance à s’en faire sa propre idée. Le chercheur James Fishkin ramène la notion de démocratie à trois notions clefs : l’égalité politique, la non-tyrannie, et la délibération. Ce professeur de Standford est également à l’origine du concept de Sondage Délibératif.

L’égalité politique

Pour être considéré comme démocratique, un régime doit permettre à chacun de ses citoyens d’exprimer ses préférences politiques et doit les prendre en considération sur un même pied d’égalité. Cela se traduit en trois sous-principes.

L’égalité formelle

Chaque citoyen doit disposer du même poids politique permettant d’influencer une décision publique. En pratique, cela se traduit par le fait qu’au moment des élections ou des référendums, chaque votant dispose d’une et une seule voix.

Toutefois, ce principe peut être mis à mal en cas de fraude électorale ou bien selon le type de scrutin utilisé.

L’indépendance politique

Aucune influence extérieure à la sphère politique ne doit s’exercer sur elle. En d’autres termes, un régime démocratique doit protéger les votants (citoyens et parlementaires) des menaces et des tentatives de corruption qui pourraient peser sur leur décision.

Le lobbying abusif, les intimidations aux bureaux de votes et les achats de votes sont des éléments qui remettent en cause le respect de ce principe.

L’égal accès à l’information

Les citoyens participant à une décision doivent tous disposer d’un niveau d’information équivalent sur les enjeux à traiter. Cette égalité passe notamment par un socle éducatif commun permettant à chacun de construire sa citoyenneté avec les mêmes outils.

En pratique, le rôle de premier plan joué par les médias dans l’information du grand public pose un certain nombre de problèmes. Les médias n’ont pas pour mission d’informer, mais de vendre. Ainsi, les faits sensationnels sont davantage mis en avant que les explications utiles à apprécier la qualité d’un candidat ou d’une décision.

La non-tyrannie

Un régime démocratique ne peut être tyrannique. Par là, il faut comprendre qu’il ne peut imposer des politiques qui ont pour effet de déposséder des peuples de leurs droits ou leurs biens lorsque des alternatives sont possibles.

L’Histoire nous montre que l’élection n’est pas un rempart absolu contre la tyrannie : le maccarthysme aux États-Unis, l’éviction des habitants de Diego Garcia par le Royaume-Uni, Apartheid en Afrique du Sud, etc.

En réalité, il est extrêmement difficile de se prémunir contre la tyrannie dans un régime politique puisque celle-ci ne relève pas du processus d’écriture des lois, mais de la loi elle-même. Il s’agit donc probablement d’un élément appartenant à la culture démocratique d’un pays plutôt qu’à l’organisation de son système politique.

La délibération

La délibération permet une discussion libre et à voix égale, non limitée par le temps, dont l’objectif est de parvenir à un consensus à la lumière des meilleurs arguments. Les délibérants doivent examiner chacun de ces arguments avec le même soin et se mettre à la recherche de l’intérêt général. Plutôt que de confronter deux positions majoritaires, la délibération vise à mettre en commun l’ensemble des intérêts, y compris les minoritaires, afin de faire émerger une solution consensuelle.

Dans une démocratie élective, les citoyens n’ont pas directement l’occasion de délibérer. Ils écoutent des débats diffusés par les médias dont les participants ne cherchent pas à construire des solutions, mais à imposer leur point de vue.

Dans ces systèmes, la délibération se déroule théoriquement au Parlement. Ce sont les représentants du peuple qui discutent les projets de loi et y apportent les amendements nécessaires. Néanmoins, en pratique, il s’agit davantage d’une négociation entre partis politiques que d’une véritable délibération. Les partis concèdent du terrain sur tel projet pour acheter le soutien de ses opposants sur tel autre projet. Dans ces tractations opaques, la recherche de l’intérêt général ne devient que secondaire, et les intérêts minoritaires ne sont écoutés que si cela permet de renforcer la base électorale d’un parti.

»» »Voir l’article détaillé sur la délibération représentative et le trilemme de Fishkin

Source

WALLACE – Down with elections (2017)

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